Grand Paris Express : comment valoriser les déchets de chantier ?

valoriser déchets grand paris express
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Le Grand Paris Express est l’un des plus grands chantiers d’infrastructure d’Europe. D’ici 2031, il produira environ 49 millions de tonnes de déblais issus du creusement de 200 km de tunnels et de la construction de 68 gares. Ce volume colossal pose une question concrète : que faire de ces terres excavées ? Voici la stratégie mise en place par la Société des grands projets (SGP), le maître d’ouvrage du chantier, pour gérer ces déchets à grande échelle.

Un chantier hors normes, une contrainte réglementaire bien réelle

36,6 millions de tonnes de terres ont déjà été extraites, composées majoritairement de calcaire et sans valeur intrinsèque. Pourtant, les laisser partir en décharge représenterait un coût économique, environnemental et d’image considérable.

La directive européenne de 2008 sur les déchets de construction et de démolition fixe un objectif de valorisation de 70 %. Cet objectif, non contraignant, a été repris par la SGP comme engagement propre. C’est un choix de gouvernance engageant.

Comment la SGP organise la valorisation des déblais : méthode et résultats

La SGP a mis en place plusieurs leviers pour atteindre son objectif de 70 % de valorisation.

Connaître les matériaux avant de les déplacer

Des analyses chimiques ont été réalisées en amont pour caractériser les sols. Cette étape permet d’orienter les terres vers des filières adaptées — carrières, projets paysagers, cimenteries — plutôt que de les traiter indifféremment comme des déchets.

Contractualiser les objectifs avec les entreprises

La SGP intègre des clauses de valorisation dans ses marchés de travaux, assorties de mécanismes de bonus-malus. Ce dispositif produit des résultats très hétérogènes selon les lignes : la ligne 18 atteint 100 % de valorisation, la ligne 15 Sud 55 %, tandis que certains tronçons de la ligne 16 n’en valorisent que 12 %. L’explication avancée est économique : lorsque le coût d’élimination reste inférieur au coût de valorisation, les entreprises font leurs calculs.

Favoriser la proximité géographique

En moyenne, les terres excavées sont prises en charge dans un rayon de 60 km. Cela limite les émissions de CO₂ liées au transport. Par ailleurs, au premier trimestre 2025, 13,5 % des terres excavées avaient été acheminées par barges et trains, réduisant encore le recours au transport routier.

Créer de nouveaux débouchés

Une partie des déblais a été transformée en terre végétale recyclée (en partenariat avec la start-up Terre Utile) pour aménager un bassin de rétention en Seine-Saint-Denis. Les terres excavées peuvent également entrer dans la fabrication de béton bas carbone, dont l’empreinte est 40 % inférieure à celle du béton classique. Si ce béton revient un jour sur les chantiers du Grand Paris Express, la boucle de l’économie circulaire sera bouclée.

Au global, le taux de valorisation moyen depuis 2016 atteint 57,2 %. L’objectif de 70 % n’est pas encore atteint, mais la trajectoire environnementale du Grand Pairs express est très documentée. Le bilan carbone est notamment calculé via un outil développé exprès, CarbOptimum, et les résultats sont publiés tous les ans.

Ce que cela enseigne aux entreprises

Le chantier du Grand Paris Express met en lumière des pratiques transposables à de nombreuses entreprises confrontées à des obligations croissantes en matière de gestion des déchets et de réduction de l’empreinte carbone.

Anticiper plutôt que subir

Caractériser les déchets en amont, avant qu’ils ne soient produits, est une condition préalable à toute valorisation efficace. Ce principe vaut pour les déblais de chantier comme pour les coproduits industriels ou les déchets de production.

Inscrire les objectifs dans les contrats

La clause de bonus-malus utilisée par la SGP est un outil de performance RSE concret. Elle aligne les intérêts économiques des prestataires avec les engagements environnementaux du donneur d’ordre. C’est un mécanisme de pilotage, pas seulement une déclaration d’intention.

Mesurer et rendre compte

Le bilan carbone annuel de la SGP, rendu public, crédibilise ses engagements. Pour les entreprises, la capacité à produire des données fiables sur leur gestion des déchets devient un facteur de différenciation, vis-à-vis de leurs clients, de leurs investisseurs et des appels d’offres soumis à des critères RSE.

Innover sur les filières de valorisation

Béton bas carbone, terre végétale recyclée, rails fabriqués à partir de ferrailles : les solutions existent, mais elles supposent de sortir des pratiques d’achat et de prescription habituelles. Cela demande un effort de veille, d’innovation et d’expérimentation.

Pour les entreprises qui souhaitent progresser sur ces sujets — qu’il s’agisse de répondre à des exigences réglementaires, de renforcer leur démarche RSE ou de se positionner sur des marchés publics plus exigeants — l’accompagnement et la formation constituent souvent le point de départ le plus efficace.

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Marie Duris

Albacombee