Mieux gérer l’eau en ville avec la TRACC
Face aux épisodes climatiques extrêmes – pluies intenses, vagues de chaleur, inondations – la question de la gestion durable de l’eau en ville devient centrale. La TRACC (Trajectoire de Référence pour l’Adaptation au Changement Climatique) est un document élaboré pour aider les collectivités à s’adapter à un réchauffement de +4°C. Il propose en effet des pistes concrètes pour transformer nos espaces urbains.
L’un des leviers majeurs est de redonner toute sa place à l’eau dans les aménagements urbains. Cela implique de passer d’une logique de rejet rapide (ruissellement) à une logique de rétention, d’infiltration et de valorisation. Voici un tour d’horizon des solutions mises en œuvre dans plusieurs villes françaises.
Des sols perméables pour favoriser l’infiltration
Dans de nombreuses villes, la réflexion commence par le sol, trop souvent imperméabilisé. L’objectif est de le rendre capable de retenir et de filtrer les eaux pluviales. Exemple à Rennes dans le quartier de la Courrouze.
Rennes a repensé l’aménagement de son nouveau quartier de la Courrouze en intégrant des noues végétalisées : ce sont de petits fossés peu profonds et plantés, qui récupèrent et stockent les eaux de pluie avant qu’elles ne s’infiltrent dans le sol. À cela s’ajoutent :
- des pavés à joints en sable, plus perméables que l’enrobé classique ;
- des pistes cyclables en béton drainant ;
- un maillage cohérent entre voirie, végétation et gestion de l’eau.
Ce système favorise la régulation naturelle des eaux pluviales, tout en verdissant l’espace urbain.
Végétaliser l’espace urbain pour créer des îlots de fraîcheur
L’autre grand enjeu est la lutte contre les îlots de chaleur. Pour ce faire, certaines villes comme Narbonne enlèvent une partie des surfaces minérales pour laisser place à la végétation. Cela permet de rafraîchir l’air et d’améliorer le cadre de vie
Narbonne mise notamment sur la végétalisation de ses stationnements. Sous les places, des alvéoles en béton accueillent des plantes qui :
- absorbent les eaux de pluie,
- réduisent la température ambiante,
- renforcent l’esthétique urbaine.
Ces installations nécessitent plus d’entretien qu’un simple revêtement, mais elles apportent un véritable atout dans la course des villes à l’adaptation au changement climatique.
Réutiliser l’eau de pluie, même en centre-ville
À Toulouse, une place publique a été entièrement repensée. Elle est recouverte de pavés posés sur des avaloirs filtrants. Ces dispositifs :
- dépolluent naturellement l’eau pluviale,
- la stockent dans un bassin souterrain,
- permettent ensuite une évaporation progressive qui rafraîchit l’air lors des épisodes de forte chaleur.
Ce type d’aménagement coûte environ 800 €/m², mais les bénéfices environnementaux et sociaux sont significatifs.
Valoriser l’eau à l’échelle des bâtiments
La gestion de l’eau de pluie peut aussi s’intégrer dans l’architecture des bâtiments eux-mêmes. Certains immeubles expérimentent des tuiles récupératrices d’eau. Elle peut ensuite être réutilisée pour les chasses d’eau ou l’arrosage des espaces verts.
Ces dispositifs permettent de réduire la consommation d’eau potable et de soulager les réseaux d’assainissement en cas de forte pluie.
Une démarche expérimentale, soutenue et pragmatique
Ces solutions ne sont pas toujours transposables partout. Cela dépend bine sûr des conditions géographiques, des usages du sol ou des contraintes techniques sur chacun des territoires. Mais dans tous les cas l’approche reste la même ! Il faut :
- expérimenter, adapter, accepter que cela prenne du temps,
- sensibilisation les élus et les habitants,
- savoir mobiliser les financements disponibles (Agence de l’eau, ADEME, Union européenne…),
- accepter le retour d’espaces humides, le bruit de la faune urbaine (oiseaux, insectes), un rapport renouvelé à la nature dans l’espace public.
Pour aller plus loin
Découvrez des retours d’expérience et des outils concrets sur www.adaptaville.fr.
Photo : quartier de la Courrouze à Rennes