Une loi pour freiner l’ultra fast fashion : Shein dans le viseur du Sénat

loi anti fast fashion : shein dans le collimateur
loi anti fast fashion : shein dans le collimateur

Un tournant législatif face à une mode jetable et ultra-polluante

Le 10 juin 2025, le Sénat français a adopté une proposition de loi pour encadrer la mode ultra-éphémère, aussi appelée ultra fast fashion. Un texte qui cible en particulier le géant chinois Shein, dont le modèle économique soulève de plus en plus de critiques environnementales, sociales et éthiques.

Qu’est-ce que l’ultra fast fashion et pourquoi est-elle visée ?

La fast fashion est déjà connue pour ses cycles de production accélérés et ses prix très bas. Mais l’ultra fast fashion, portée par des plateformes comme Shein ou Temu, pousse cette logique à l’extrême. Shein mettrait ainsi en ligne jusqu’à 7 000 nouvelles références par jour (source : AFP), bien au-delà des 300 nouvelles références quotidiennes de la ligne féminine chez  H&M.

Un impact social préoccupant

L’entreprise Shein est pointée du doigt pour de graves manquements sociaux :

  • Des ouvriers qui travailleraient jusqu’à 75 heures par semaine, avec un seul jour de congé par mois, en violation du droit du travail chinois.
  • Des enfants employés dans certaines usines, selon des enquêtes menées par des ONG et des journalistes.
  • Des produits contenant des substances toxiques, responsables d’allergies ou d’irritations chez plusieurs consommateurs.

Une bombe écologique

L’empreinte environnementale de l’ultra fast fashion est massive :

  • 1 million de vêtements produits chaque jour chez Shein, soit plus de 15 000 tonnes de CO₂ émises quotidiennement.
  • Un seul t-shirt nécessite 2 700 litres d’eau, l’équivalent de 17 jours de consommation d’un Français (source : Ouest-France).
  • 5 000 tonnes de produits expédiés quotidiennement par avion, selon Reuters. Le fret aérien est 14 fois plus polluant que le transport maritime.

👉 À l’échelle mondiale, l’industrie textile est responsable de 10 % des émissions de gaz à effet de serre. Sans action, ce chiffre pourrait grimper à 26 % d’ici 2050 (source : ADEME).

Que contient la loi française contre l’ultra fast fashion ?

Adopté par le Sénat un an après un premier vote à l’Assemblée nationale, le texte vise à freiner la prolifération de la mode jetable via plusieurs leviers :

  1. Taxation et écocontribution renforcée
  • Une éco-contribution pénalisante basée sur le principe du bonus-malus, calculée selon la durabilité des produits.
  • Une pénalité pouvant atteindre 10 € par article non durable d’ici 2030.
  1. Restrictions publicitaires
  • Interdiction des publicités pour les marques ultra fast fashion.
  • Encadrement des influenceurs qui promeuvent ces produits en ligne.
  1. Responsabilité des plateformes

Trouver l’équilibre entre protéger l’économie sans pénaliser l’accès à la mode

Contrairement à certaines idées reçues, cette loi ne vise pas l’ensemble de la fast fashion. Les auteurs du texte font une distinction claire entre l’ultra fast fashion destructrice pour l’environnement et les marques implantées en France comme H&M, Kiabi ou Zara, qui participent à l’économie locale et proposent des prix accessibles aux ménages modestes.

Conclusion : vers une gouvernance plus responsable de la mode

Le texte doit désormais passer devant une commission mixte paritaire (CMP) à l’automne 2025, pour harmoniser les versions votées par l’Assemblée nationale et le Sénat. La Commission européenne pourra également donner son avis dans l’intervalle.

La loi française contre l’ultra fast fashion marque une étape vers une gouvernance plus responsable du secteur textile.

Chez Albacombee, nous suivons avec attention ces évolutions législatives qui conjuguent souveraineté économique, justice sociale et transition écologique.

 

(Photo : Sipa/Romuald MEIGNEUX)

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Oksana Manoussis

RSE Conseil, communication et formation