Le fonds souverain norvégien veut revoir à la hausse les standards Net Zero de SBTi

net zero sbti
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Le seuil de +1,5 °C de réchauffement climatique, fixé comme objectif de référence lors de l’Accord de Paris en 2015, est en passe d’être dépassé durablement. Dans ce contexte, Norges Bank Investment Management (NBIM), l’organe de la banque centrale norvégienne qui pilote le fonds souverain, appelle SBTi (Science-Based Targets initiative) à faire évoluer ses critères de certification climatique et à revoir ses standards Net Zero. En jeu : le passage d’un objectif de +1,5 °C à +2 °C pour permettre à un plus grand nombre d’entreprises de rester engagées dans des trajectoires de décarbonation crédibles.

Passer les standards Net Zero de SBTi de 1,5 °C à 2 °C : un alignement avec les dernières recherches scientifiques

Norges Bank Investment Management, l’entité qui gère le fonds souverain norvégien, plaide pour une évolution des standards de SBTi afin qu’ils s’alignent sur l’ensemble des objectifs de température prévus par l’Accord de Paris, et non plus uniquement sur la cible de +1,5 °C. Cette position s’appuie sur des constats scientifiques récents et largement partagés.

Plusieurs climatologues, dont d’anciens membres du GIEC, estiment désormais que la limitation du réchauffement climatique à +1,5 °C n’est plus atteignable. Les données publiées par Copernicus, le programme européen d’observation de la Terre, confirment cette tendance : sur les trois dernières années, la température moyenne mondiale a déjà dépassé ce seuil par rapport à l’ère préindustrielle.
Dans ces conditions, maintenir une certification climatique fondée exclusivement sur une trajectoire à +1,5 °C devient de plus en plus complexe, tant pour les entreprises que pour les investisseurs. Le fonds souverain norvégien souligne ainsi que seules 10 % des émissions de CO₂ qu’il finance sont aujourd’hui alignées sur une trajectoire compatible avec +1,5 °C. En élargissant le seuil à +2 °C, cette proportion passerait à 32 %, offrant une photographie plus réaliste de l’état actuel des portefeuilles et des efforts engagés.

Rehausser la norme Net Zero de SBTi pour maintenir l’engagement climatique des entreprises

Au-delà de la dimension scientifique, la demande du fonds norvégien s’inscrit dans une logique de pragmatisme économique et stratégique. En restreignant l’accès à la certification SBTi aux seules entreprises capables de s’aligner sur +1,5 °C, le risque est double : réduire l’univers d’investissement pour les acteurs financiers et décourager un nombre croissant d’entreprises de poursuivre leurs efforts climatiques.

Pour NBIM, l’enjeu est clair : sans reconnaissance d’une trajectoire à +2 °C, SBTi pourrait exclure des entreprises qui, bien que ne pouvant atteindre immédiatement le seuil de +1,5 °C, sont en mesure de contribuer de manière significative à l’atténuation du changement climatique. Or, dans un monde déjà plus chaud qu’en 2015, les conditions de transformation des modèles économiques, industriels et énergétiques ont profondément évolué.

Adopter une approche plus souple permettrait ainsi de tenir compte de la situation actuelle, sans renoncer à l’ambition climatique. Il ne s’agit pas de revoir les objectifs à la baisse, mais de proposer des trajectoires crédibles, progressives et fondées sur la science, afin de maintenir une dynamique collective d’engagement. Pour les entreprises, cela signifie pouvoir continuer à structurer des stratégies de décarbonation réalistes, compatibles avec leurs contraintes opérationnelles et sectorielles, tout en restant alignées avec les attentes des investisseurs.

SBTi : un cadre de référence pour des trajectoires climatiques fondées sur la science

Pour rappel, la Science-Based Targets initiative (SBTi), créée en 2015, est une initiative internationale qui vise à accompagner les entreprises dans la définition d’objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre alignés sur les recommandations scientifiques du GIEC et les engagements de l’Accord de Paris. Elle fournit des méthodologies, des critères et des lignes directrices permettant de structurer des trajectoires de décarbonation robustes et comparables.

SBTi s’appuie sur un groupe d’experts, le Technical Advisory Group, et sur des travaux scientifiques reconnus pour proposer des trajectoires claires vers une économie bas carbone. En tant qu’organisme de référence, elle est également habilitée à valider et certifier les objectifs climatiques des entreprises, un gage de crédibilité de plus en plus scruté par les investisseurs et les parties prenantes.

Au cœur de son dispositif, la norme Corporate Net-Zero Standard aide les organisations à fixer des objectifs de réduction compatibles avec les Accords de Paris, en intégrant au minimum les émissions des scopes 1 et 2 du GHG Protocol, et le scope 3 lorsque celui-ci représente plus de 40 % des émissions totales. Elle encourage également des engagements de long terme vers le Net Zéro et une utilisation plus raisonnée des ressources.

Dans ce cadre, le débat ouvert par le fonds souverain norvégien interroge l’évolution future des standards climatiques : comment concilier et accompagner les stratégies de décarbonation des entreprises en accord avec l’évolution du changement climatique ? Une question centrale pour la transition écologique des prochaines décennies, à laquelle SBTi devra sans doute répondre en adaptant progressivement ses référentiels.

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Marie Duris

RSE Conseil, communication et formation