La gestion des PFAS dans l’eau devient un enjeu important pour de nombreux territoires et acteurs industriels. Ces substances, qualifiées de polluants « éternels » en raison de leur très lente dégradation, sont désormais surveillées de près. Elles ne doivent pas dépasser la limite du code de la santé publique fixée à 0,1 µg/l (100 ng/l).
Dans ce contexte, les unités mobiles de traitement (UMT) au charbon actif s’imposent comme une solution efficace, capable de répondre à des situations d’urgence tout en garantissant un accès à une eau conforme.
Une solution mobile pour répondre aux situations critiques
Déployées en quelques jours, les unités mobiles de traitement permettent d’intervenir directement sur les sites concernés. Compactes et transportables, elles sont conçues pour être mises en service rapidement, que ce soit pour sécuriser un réseau d’eau potable ou maintenir l’activité d’une zone industrielle.
L’exemple de Corbas illustre cette capacité de réaction. En 2023, des analyses menées dans le cadre d’une campagne nationale détectent des concentrations de PFAS légèrement supérieures aux seuils réglementaires dans l’eau distribuée sur une zone industrielle. En réponse, Veolia déploie en avril 2025 une unité mobile capable de produire 50 m³ d’eau potable par heure. Les résultats sont immédiats : les concentrations en sortie passent sous les seuils détectables.
Cette intervention s’inscrit dans une logique plus large. Veolia dispose d’une flotte d’une trentaine d’unités mobiles, mobilisables partout en France pour prévenir ou gérer des situations de pollution, dans un contexte de pression croissante sur la ressource en eau.
Le charbon actif, au cœur du traitement des PFAS
Le fonctionnement de ces unités mobiles repose sur une technologie éprouvée : le charbon actif. L’eau contaminée circule à travers de grandes cuves verticales remplies de filtres contenant chacun 17 mètres cubes de charbon, dans lesquels PFAS et autres micropolluants sont retenus. Ce procédé permet d’obtenir des niveaux de traitement très élevés, à condition de renouveler les filtres tous les quatre mois.
Le cas de Saint-Louis, en Alsace, en apporte une illustration concrète. Confrontée à des dépassements de seuils, l’agglomération a dû restreindre l’usage de l’eau dans 11 communes à partir d’avril 2025. L’installation de trois unités mobiles dans la région, dont une à Saint-Louis début décembre, a permis de lever ces restrictions en quelques semaines. Sur ce site, 450 m³ d’eau sont traités chaque heure, alimentant environ 40 000 habitants.
Une bonne pratique efficace mais transitoire
Les unités mobiles au charbon actif constituent une réponse particulièrement adaptée aux situations d’urgence ou de transition. Elles permettent de rétablir rapidement une eau conforme, sans attendre la construction d’infrastructures lourdes.
Dans les faits, elles sont souvent déployées en attendant des installations pérennes. À Saint-Louis, les unités mobiles installées pour un coût de 6,5 millions d’euros doivent ainsi être remplacées par des équipements fixes, estimés à 20 millions d’euros. Cette complémentarité entre solution mobile et infrastructure durable illustre leur rôle : gérer l’immédiat, tout en préparant le long terme.
Des limites au charbon actif pour la transition
Si l’efficacité du charbon actif est démontrée, son utilisation soulève plusieurs enjeux.
Le premier concerne l’approvisionnement. Le charbon utilisé par Veolia est un charbon de houille réaggloméré importé, notamment de Chine, choisi pour ses performances de filtration. Cette dépendance pose des questions en matière d’empreinte carbone et de sécurisation des chaînes d’approvisionnement.
Le second enjeu porte sur la gestion du charbon en fin de vie. Une fois saturé en PFAS, il doit être éliminé par incinération à très haute température, autour de 1 200 °C, afin d’éviter toute recontamination de l’environnement. Ce procédé, indispensable, reste énergivore.
Une solution opérationnelle dans un contexte de pression accrue sur l’eau
Le développement des unités mobiles de traitement traduit une évolution des pratiques face aux polluants éternels. Dans un contexte marqué par le dérèglement climatique, la multiplication des épisodes extrêmes et le renforcement des exigences sanitaires, la capacité à intervenir rapidement est essentiel.
Pour les entreprises et les collectivités, ces solutions offrent un levier concret pour sécuriser l’accès à l’eau et limiter les impacts d’une pollution. Elles s’inscrivent plus largement dans une approche de gestion des risques, au cœur des démarches RSE.