Le 16 septembre 2026, la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat a adopté à l’unanimité un rapport sur l’empreinte environnementale de l’intelligence artificielle. Porté par les sénateurs Guillaume Chevrollier, Damien Michallet et Simon Uzenat, ce document pose un constat simple : l’usage de l’IA progresse plus vite que notre capacité à en mesurer les impacts.
Pour les entreprises, ce rapport n’est pas qu’une actualité politique. Il éclaire un sujet qui touche directement leur stratégie numérique et leur démarche RSE.
Une croissance rapide de la consommation
Entre 2023 et 2025, l’usage de l’IA a doublé en France. Près d’un Français sur deux y a déjà eu recours en 2025. Cette adoption rapide s’accompagne d’une hausse significative de la consommation électrique des centres de données.
Selon le rapport, la consommation électrique liée à l’IA pourrait atteindre environ 500 TWh en 2030, contre moins de 100 TWh aujourd’hui. Cela représenterait jusqu’à la moitié de la consommation mondiale des centres de données. Les émissions associées pourraient atteindre 630 à 950 millions de tonnes de CO2 par an.
À titre de comparaison, un centre de données classique fonctionne autour de 10 MW, soit l’équivalent de la consommation de 10 000 foyers. Les infrastructures dédiées à l’IA visent désormais 100 MW, voire 1 GW pour les plus grandes, une puissance comparable à celle d’un réacteur nucléaire.
Des ressources naturelles sous tension
L’électricité n’est pas la seule ressource concernée. Le rapport pointe trois autres enjeux.
Les métaux critiques
Les processeurs graphiques nécessaires à l’IA reposent sur des métaux stratégiques. La demande mondiale en métaux liés au numérique pourrait augmenter de 197 % entre 2020 et 2050.
L’eau
Le refroidissement des serveurs mobilise des volumes d’eau importants. Les prélèvements des centres de données pourraient atteindre 9 milliards de m³ en 2030 à l’échelle mondiale, soit environ un tiers des prélèvements annuels d’eau en France.
Le foncier
L’implantation de nouveaux centres pose aussi la question du foncier, dans un contexte d’objectif de zéro artificialisation nette.
Ce que l’empreinte environnementale de l’IA implique pour les entreprises
Le rapport souligne un manque de transparence des principaux acteurs du secteur. Seuls Mistral AI et Google ont publié un bilan environnemental de leurs modèles, avec des méthodologies différentes qui ne permettent pas de les comparer. OpenAI et Anthropic n’ont, à ce jour, rien publié.
Pour les entreprises qui intègrent l’IA dans leurs processus, cette opacité complique l’évaluation de leur propre empreinte numérique. Or, cette empreinte entre de plus en plus dans le périmètre des démarches RSE, des bilans carbone et des attentes des parties prenantes.
Trois enjeux se dessinent concrètement :
- Mesurer l’usage réel de l’IA dans l’organisation, au même titre que les autres postes du bilan numérique.
- Choisir des outils et des prestataires selon des critères de sobriété, quand l’information est disponible.
- Former les équipes à un usage raisonné de ces outils, pour éviter une consommation disproportionnée au regard des besoins réels.
Les recommandations du Sénat
Le rapport ne préconise pas de freiner le développement de l’IA. Il propose plutôt de faire de la sobriété un levier de compétitivité pour la France et l’Europe. Parmi les 16 recommandations formulées, plusieurs axes ressortent : la création d’un « écoscore » pour les modèles d’IA, une obligation de transparence sur leurs données environnementales, un soutien aux modèles spécialisés moins gourmands en ressources, et une campagne nationale de sensibilisation.
Ces recommandations dessinent une trajectoire : celle d’une IA plus frugale, mesurée et documentée. Une trajectoire que les entreprises peuvent anticiper dès aujourd’hui dans leur propre stratégie numérique.
Anticiper plutôt que subir les impacts environnementaux de l’IA
Ce rapport confirme une tendance de fond : l’empreinte numérique, et en particulier celle de l’IA, devient un critère de plus en plus scruté dans les démarches RSE. Les entreprises qui intègrent cette dimension dès maintenant, dans leur bilan carbone comme dans leurs choix d’outils, prennent une longueur d’avance.
Albacombee accompagne les dirigeants et responsables RSE dans la construction de démarches adaptées à ces enjeux émergents, du diagnostic à la formation des équipes.