Dix ans après l’Accord de Paris, une transformation silencieuse du marché de l’emploi
Dix ans après l’Accord de Paris, alors que l’urgence climatique s’intensifie, la transition vers une économie décarbonée ne se joue plus uniquement sur le terrain des technologies ou des politiques publiques. Elle s’incarne aussi, de manière de plus en plus visible, dans le marché du travail et dans les compétences attendues des cadres.
Une étude récente de l’APEC met en lumière un phénomène structurant : les entreprises intègrent désormais des compétences environnementales, dites compétences vertes, dans un nombre croissant d’offres d’emploi cadre, et ce bien au-delà des métiers traditionnellement associés à l’environnement.
Ce mouvement illustre la façon dont les orientations climatiques nationales, et en particulier la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC), irriguent progressivement l’ensemble des fonctions et des secteurs économiques.
La Stratégie nationale bas-carbone : un cadre structurant pour définir les compétences vertes
Introduite par la Loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (LTECV), la Stratégie nationale bas-carbone constitue la feuille de route de la France pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.
Elle fixe :
- une trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre jusqu’en 2050,
- des objectifs intermédiaires avec des budgets carbone,
- et une ambition claire : atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050, tout en réduisant l’empreinte carbone de la consommation des Français.
Si cette stratégie concerne en premier lieu les politiques publiques et les choix industriels, elle a également des impacts directs sur l’emploi et les compétences. La réussite de la décarbonation repose en grande partie sur la capacité des entreprises à mobiliser des profils capables de transformer les modèles productifs, les processus et les décisions stratégiques.
Les cadres, détenteurs de compétences clés pour la décarbonation
Selon les projections, la décarbonation pourrait générer près de 200 000 emplois supplémentaires d’ici 2030 pour l’ensemble des salariés. Pour les cadres, l’impact en volume est plus modéré, avec environ 32 000 postes, mais l’enjeu principal n’est pas quantitatif.
Il est qualitatif.
Les cadres occupent des fonctions clés dans :
- la conception des stratégies,
- la gestion de projets complexes,
- l’ingénierie des solutions,
- le pilotage de la performance.
À ce titre, ils sont directement concernés par l’émergence de nouvelles expertises, indispensables pour atteindre les objectifs climatiques. La demande en compétences vertes se concentre particulièrement dans les secteurs des transports, de l’énergie, de la construction et de l’industrie, mais elle s’étend progressivement à l’ensemble de l’économie.
Des compétences vertes de plus en plus présentes dans les offres d’emploi cadre
L’étude de l’APEC montre que cette évolution est déjà mesurable sur le marché de l’emploi.
En 2024, 23 % des offres d’emploi cadre publiées sur apec.fr pour des métiers dits stratégiques exigeaient des compétences vertes, soit 8 points de plus qu’en 2019.
Certaines compétences connaissent une progression particulièrement marquée. La connaissance des concepts de la transition écologique (changement climatique, émissions de gaz à effet de serre, empreinte carbone) est ainsi près de quatre fois plus demandée qu’en 2019.
Cette dynamique traduit une attente croissante des entreprises : disposer de cadres capables d’intégrer les enjeux environnementaux dans leurs décisions opérationnelles et stratégiques.
Parmi les compétences techniques les plus recherchées figurent notamment :
- l’écoconception,
- les biotechnologies,
- la réalisation de bilans carbone,
- la mise en œuvre de démarches d’achats durables.
Ces compétences sont mobilisées dans des fonctions aussi variées que l’ingénierie d’affaires dans l’industrie ou le BTP, la maintenance industrielle, ou encore la gestion de projets complexes.
Comprendre la transition écologique et ses cadres réglementaires
Au-delà des savoir-faire techniques, les entreprises attendent de plus en plus des cadres qu’ils disposent d’une culture environnementale solide.
Cela inclut :
- la compréhension des enjeux de la transition écologique et énergétique,
- la maîtrise des concepts clés (changement climatique, gaz à effet de serre, empreinte carbone),
- la connaissance des normes et réglementations associées, comme le Code de l’environnement ou les réglementations thermiques.
Les compétences en management environnemental prennent également de l’importance, notamment :
- l’élaboration de reportings extra-financiers (DPEF puis CSRD),
- le pilotage d’indicateurs environnementaux,
- l’intégration des enjeux climatiques dans les processus de décision.
Décarbonation et nouveaux enjeux de formation pour les cadres
La montée en puissance des compétences vertes dans les offres d’emploi témoignent de l’intégration des enjeux de décarbonation dans les stratégies d’entreprise.
Cette évolution implique de former ces nouveaux cadres pour qu’ils maîtrisent les « compétences vertes » et les intègrent dans leurs process.
L’étude de l’APEC montre ainsi que la transition écologique ne transforme pas seulement les technologies et les modèles économiques. Elle redessine aussi, progressivement mais durablement, le profil des compétences attendues au cœur des organisations.