L’essor du marché de la seconde main : un nouveau modèle de consommation s’impose

essor marché seconde main albacombee
essor marché seconde main albacombee

Longtemps cantonnée à des circuits confidentiels, la seconde main s’est imposée en quelques années comme un nouveau standard de consommation. Aujourd’hui, elle touche tous les secteurs : mode, téléphonie, livres, jouets, bricolage… Selon la Fevad, 51 % des acheteurs en ligne ont déjà acheté d’occasion, c’est devenu un réflexe pour beaucoup de français. Entre recherche de pouvoir d’achat, préoccupations environnementales et attrait pour l’unique, le marché explose.

Un marché global en pleine explosion

Portée par un contexte économique tendu et une conscience écologique croissante, la seconde main connaît une progression rapide. Le phénomène ne concerne pas que les particuliers mais touche désormais les plateformes et les grandes enseignes.

Ce qui était perçu comme un marché de niche est devenu un segment structuré, transversal et massivement adopté, quelle que soit la catégorie de produits.

Mode : un marché bientôt équivalent à celui du luxe

Parmi tous les secteurs, la mode reste le moteur principal de l’occasion.

  • À l’échelle mondiale, le marché de la seconde main de la mode atteint 210 milliards de dollars, indique Yasmine Hamri (BCG).
  • Il devrait croitre trois fois plus rapide que celle du neuf : +10 % par an.
  • Pour atteindre 320 à 360 milliards de dollars d’ici 2030, soit un poids comparable au marché du luxe actuel.

En France, la tendance est portée par des plateformes devenues incontournables :

  • Vinted est le premier vendeur de vêtements en France, devant Kiabi, Amazon ou Shein (baromètre IFM).
  • Chaque jour, 10 millions de vêtements sont vendus dans l’Hexagone, dont 35 % en promotions, preuve que le prix reste décisif.
  • La seconde main représente déjà 12 % des transactions mode en France.

Le phénomène touche aussi bien le luxe, historiquement pionnier, que les articles entrée de gamme, confirmant la démocratisation complète du marché.

Pour les professionnels : une opportunité, mais des contraintes

Les grandes enseignes traditionnelles scrutent ce marché en forte croissance. Pourtant, la seconde main reste plus difficile à intégrer dans leurs modèles logistiques. En effet, les produits doivent être triés, vérifiés, lavés, réparés, repassés et stockés.

Malgré ces contraintes, les initiatives se multiplient :

  • H&M propose des sélections vintage.
  • Le Printemps a ouvert Le 7e Ciel, un espace de 1 300 m² dédié à la mode circulaire et au vintage haut de gamme.
  • Les Galeries Lafayette ont lancé leur espace dédié : (Re)Store.

Ces démarches illustrent l’intégration progressive de la seconde main dans les stratégies RSE et business des enseignes.

Jeux et jouets : un marché en structuration

Le secteur du jouet connaît à son tour une transformation notable :

  • En 2024, la seconde main représentait 7 % des ventes dans les enseignes, soit 332 millions d’euros (Circana & Ecomaison).
  • Le prix moyen d’un jouet d’occasion est de 9,50 €.
  • King Jouet a lancé King’Okaz dans 10 % de ses magasins pour structurer les échanges et va proposer une estimation en ligne des produits que les particuliers souhaitent revendre.
  • JouéClub a lancé Troc O’Joué en 2023, qui compte déjà plus de 100 000 utilisateurs.

La question du prix est centrale dans l’acte d’achat de ces produits de seconde main, avant l’argument écologique. Il en va de même pour le livre d’occasion.

Livres : un secteur bousculé par la seconde main

Le marché du livre est l’un des plus impactés par la montée en puissance de l’occasion.

  • En 2022, 1 livre sur 5 acheté en France était d’occasion (Sofia).
  • Le marché a progressé de 30 % entre 2014 et 2022.
  • À l’inverse, les ventes de livres neufs ont reculé de 5 à 10 %.
  • Où achète-t-on ? Vinted, Amazon, Leboncoin, mais aussi des plateformes spécialisées comme Recyclivre ou Momox.
  • Un livre d’occasion coûte en moyenne 4 €, contre 11 € pour un livre neuf.

Contrairement à d’autres secteurs qui font des profits sur leurs espaces de seconde main, cette tendance inquiète les professionnels de l’édition qui n’ont pas de prise sur ces transactions. Seulement 10 % des libraires vendent des livres d’occasion (SNLF).

C’est pourquoi les éditeurs plaident pour un « droit de suite », qui leur permettrait de percevoir une part des reventes, un débat toujours en cours.

Une transformation durable et au cœur des enjeux RSE

Même si l’argument écologique n’est pas le premier critère de l’achat d’occasion, l’essor de ce marché répond à plusieurs enjeux environnementaux :

Ce marché n’est plus une alternative : il devient un levier majeur de transition écologique et un axe stratégique pour les entreprises souhaitant renforcer leur démarche RSE.

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Marie Duris

RSE Conseil, communication et formation