Les crédits biodiversité s’imposent progressivement comme un nouvel outil de financement de la protection des écosystèmes. Encore peu connus, ils suscitent un intérêt croissant des entreprises, dans un contexte de montée en puissance des engagements internationaux et européens en faveur de la nature.
Un mécanisme inspiré des crédits carbone, adapté à la biodiversité
Le principe des crédits biodiversité est proche de celui des crédits carbone. Il s’agit de valoriser des actions positives pour la nature en les transformant en unités échangeables. Ces crédits sont générés par des projets de restauration ou de préservation d’écosystèmes, puis achetés par des organisations souhaitant contribuer à la biodiversité.
Contrairement au carbone, ces démarches restent aujourd’hui volontaires. Les entreprises s’inscrivent davantage dans une logique de contribution que de compensation. Cette distinction est importante : il ne s’agit pas, à ce stade, d’« annuler » un impact mais de financer des actions favorables à la nature. Cette approche pourrait évoluer. Certains travaux internationaux (comme ceux de l’IAPB, Panel international de conseil) envisagent, à terme, des mécanismes de compensation, sous réserve d’un encadrement strict.
Le marché des crédits biodiversité encore modeste mais en forte croissance
Le marché des crédits biodiversité reste limité avec environ 10 millions de dollars de transactions cumulées. Toutefois, sa dynamique est notable. Depuis 2022, le nombre de transactions ne cesse de progresser, passé de 8 en 2022 à 110 en 2025, avec une croissance de 175 % entre 2024 et 2025.
Début 2026, le marché volontaire comptait :
- 164 projets dans 42 pays
- 19 millions d’hectares couverts
- 1 772 transactions cumulées
Dans le même temps, un déséquilibre important persiste entre l’offre et la demande : seuls 4 % des crédits disponibles ont été vendus. Le marché est également très concentré, avec une poignée d’acteurs captant l’essentiel des transactions. Ces éléments traduisent un marché encore en phase de structuration, avec un potentiel de développement significatif mais des mécanismes encore peu stabilisés.
Un cadre encore en construction avec 40 standards différents
L’un des principaux freins au développement du marché réside dans l’absence de standardisation.
À ce jour, plus de 40 standards et méthodologies coexistent à l’échelle mondiale. Cette diversité reflète la complexité du vivant : les écosystèmes sont hétérogènes et difficilement comparables. Un projet de restauration de zone humide en France ne peut être directement mis en équivalence avec une action menée sur une savane africaine.
Dans ce contexte, la Commission européenne a présenté en juillet dernier une feuille de route visant à structurer les « crédits nature » au sein de l’Union. L’objectif est de clarifier le marché, renforcer la crédibilité des projets et sécuriser les acheteurs. Les recommandations finales sont attendues d’ici fin 2027.
Des premières initiatives concrètes en France
La France voit émerger plusieurs initiatives structurantes. La société à mission Le Printemps des terres développe un modèle fondé sur l’acquisition de foncier à fort potentiel écologique. Depuis 2020, elle a déjà acheté environ 3 000 hectares (terres agricoles, forêts, zones humides) destinés à être restaurés ou valorisés sur le plan environnemental.
Ces actions donnent lieu à la création d’unités biodiversité proposées à des entreprises, notamment dans les secteurs de la construction, du luxe et de la finance.
Par ailleurs, le consortium PRATIC Biodiversité, réunissant des acteurs scientifiques et économiques, expérimente une approche territoriale. Ce projet pilote, mené avec plusieurs régions et entreprises, vise à construire des référentiels robustes en s’appuyant sur des données scientifiques et une concertation locale.
Ces initiatives traduisent une volonté d’ancrer les crédits biodiversité dans des logiques territoriales et mesurables, en lien avec les réalités écologiques locales.
Un enjeu stratégique pour les entreprises
Le développement des crédits biodiversité s’inscrit dans la continuité de l’Accord de Kunming-Montréal adopté en 2022, qui fixe notamment un objectif de 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour financer la protection de la nature.
Pour les entreprises, ces mécanismes ouvrent plusieurs perspectives :
- contribuer concrètement à la préservation des écosystèmes
- anticiper l’évolution des cadres réglementaires
- structurer une stratégie biodiversité crédible et mesurable.
Ils posent également des questions structurantes : choix des projets, crédibilité des méthodologies, articulation avec les impacts propres de l’entreprise.
Une trajectoire à suivre dans les prochaines années
Le marché des crédits biodiversité est encore à un stade précoce. Son développement dépendra largement de sa capacité à se structurer, à gagner en lisibilité et à démontrer son impact réel.
À court terme, il constitue surtout un outil de contribution volontaire. À moyen terme, l’émergence de standards européens pourrait accélérer son adoption et renforcer son intégration dans les stratégies RSE.