Les crédits carbone passent du vert au bleu

crédits carbone bleus posidonie
crédits carbone bleus posidonie

Saviez-vous que les écosystèmes côtiers – comme les herbiers de Posidonie, les mangroves ou encore les prés-salés – pourraient absorber jusqu’à 25 % des émissions mondiales de CO₂ ? Longtemps ignorés des mécanismes de compensation carbone, ces véritables puits de carbone bleus font aujourd’hui leur entrée sur la scène climatique mondiale. Et la France n’est pas en reste.

De quoi parle-t-on ?

À l’image des crédits carbone dits « verts » (basés principalement sur la reforestation ou la préservation des sols), les crédits carbone bleus permettent aux entreprises – voire aux États – de compenser une partie de leurs émissions de CO₂ en finançant des projets de captation carbone. La différence ? Ces projets se déploient dans les milieux marins et côtiers, encore peu explorés par la finance carbone.

Herbiers marins, mangroves, marais salants : ces écosystèmes stockent le carbone de manière particulièrement efficace, parfois jusqu’à 10 fois plus que les sols forestiers.

Un premier projet français : 6.500 hectares de Posidonie à restaurer

Lors du Sommet des Nations Unies sur l’Océan (UNOC) à Nice, la France a délivré ses premiers crédits carbone bleus sur le territoire métropolitain. Le projet, porté par la Fondation Elyx, vise la restauration de 6.500 hectares d’herbiers de Posidonie en Méditerranée. Cette plante marine (et non une algue) est endémique du bassin méditerranéen et joue un rôle majeur dans la séquestration du carbone sous-marin.

Labellisé par le Label bas carbone du ministère de la Transition écologique, ce projet a permis l’émission de 96.000 crédits carbone bleus, dont 32.000 ont été officiellement labellisés. À ce jour, 500 crédits ont été vendus au prix de 70 € l’unité.

💬 À noter : le Label bas carbone est un cadre français, destiné aux entreprises du territoire souhaitant compenser leurs émissions dans une logique rigoureuse et traçable.

Crédits carbone bleus : une innovation fragile

S’il y a du potentiel dans le projet de crédits carbone marins , plusieurs défis techniques et éthiques freinent leur développement à grande échelle.

1. Une mesure complexe du CO₂ stocké

Les capacités de captation du carbone marin varient fortement d’un écosystème à l’autre. Il est encore difficile, malgré les avancées scientifiques, de quantifier avec précision la part de CO₂ réellement stockée de manière pérenne.

2. La question de l’additionnalité

Pour qu’un crédit carbone soit considéré comme légitime, il doit financer une action « additionnelle », c’est-à-dire nouvelle et mesurable, qui n’aurait pas eu lieu sans ce financement. C’est ici que le débat s’intensifie : certaines ONG dénoncent des crédits qui, plutôt que d’encourager la réduction d’émissions, serviraient de « permis à polluer ».

Pourquoi les crédits carbone bleus changent la donne

En valorisant les écosystèmes marins, les crédits carbone bleus permettent :

  • D’élargir le champ des projets de captation naturelle du CO₂,
  • De favoriser la restauration d’habitats marins dégradés,
  • De créer des co-bénéfices environnementaux, comme la préservation de la biodiversité et la protection des côtes.

Ils pourraient ainsi s’intègrer dans une dynamique de transition écologique plus globale.

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Marie Duris

RSE Conseil, communication et formation