Portée par le déploiement progressif de la loi AGEC, l’économie circulaire s’impose progressivement dans les entreprises françaises. Fondée sur une logique de cycle – entre les comportements des consommateurs, l’offre des acteurs économiques et la gestion des déchets –, elle vise à rompre avec le schéma linéaire traditionnel « extraire, produire, jeter ». Aujourd’hui, les signaux montrent une montée en puissance de cette approche, soutenue par des transformations industrielles, réglementaires et culturelles.
Un contexte favorable à l’économie circulaire et des indicateurs en progrès
Plusieurs tendances récentes témoignent d’une évolution des usages et des pratiques :
- Entre 2007 et 2022, la consommation de matières premières par habitant a chuté de 22 %, pour atteindre 11,2 tonnes.
- En 2023, plus de 500 entreprises ont bénéficié de l’accompagnement de l’ADEME dans des projets liés à l’économie de la fonctionnalité.
- En 2024, la France comptait 12 500 produits et services détenteurs de l’Écolabel européen, soit une croissance de 165 % depuis 2013.
Ces chiffres traduisent un mouvement de fond à savoir que la production et la consommation s’adaptent progressivement à des exigences de sobriété et de circularité.
Les sept piliers structurants de l’économie circulaire
L’économie circulaire repose sur sept piliers complémentaires permettant de réduire l’impact environnemental des produits tout au long de leur cycle de vie :
1. Achats durables et extraction raisonnée
2. Écoconception
3. Écologie industrielle et territoriale, où les déchets des uns deviennent les ressources des autres
4. Économie de la fonctionnalité, qui privilégie l’usage plutôt que la propriété
5. Consommation responsable
6. Allongement de la durée d’usage
7. Gestion optimisée du recyclage et des déchets
Ces piliers constituent le socle des stratégies publiques, mais aussi des démarches concrètes engagées par les entreprises.
Objectif : faire passer l’économie circulaire à une économie de marché
Les entreprises de taille intermédiaire (ETI) figurent parmi les acteurs les plus engagés dans l’économie circulaire. Selon le METI (le mouvement des ETI), 50 % d’entre elles mènent des projets d’économie circulaire dans l’objectif de réduire significativement leur empreinte carbone. Aujourd’hui, 54 % des ETI valorisent déjà leurs déchets de production.
L’exemple de Manutan, acteur spécialisé dans la vente de mobilier, illustre ce changement de paradigme. L’entreprise a créé un site dédié à l’approvisionnement et au reconditionnement de meubles usagés. Le modèle pourra se pérenniser et croitre grâce à l’industrialisation du processus de remise en état, une condition indispensable pour passer à l’échelle. Actuellement, 5 % de leurs commandes comportent des articles reconditionnés, mais ce taux pourrait atteindre 60 % à terme, la demande de circularité étant de plus en plus présente dans les appels d’offres.
Intégrer une logique circulaire globale et atteindre ces niveaux impliquent néanmoins une transformation profonde
- nouveaux métiers (sourcing de stocks de seconde main, reconditionnement, gestion de flux),
- nouveaux circuits de vente,
- valorisation de produits autrefois considérés comme des déchets.
La principale difficulté restant l’équation économique.
Réhabiliter un produit coûte cher, et les consommateurs ne sont pas toujours prêts à payer plus pour de la seconde main. Les normes strictes et les coûts faibles des matières vierges rendent parfois la pièce neuve plus compétitive que la pièce réemployée, comme le rappelle François-Michel Lambert, fondateur de l’Institut national de l’économie circulaire (INEC). Cette réalité freine encore l’essor du marché.
Back market a prouvé la viabilité du modèle d’économie circulaire
Malgré ces défis, la circularité peut rimer avec rentabilité. Plusieurs startups françaises démontrent qu’un positionnement spécialisé permet de créer de la valeur, comme Chaise au Carré, experte dans la restauration de chaises vintage ou encore Révolte, réseau de garages spécialisés dans la réparation de pièces pour voitures électriques. Ces entreprises s’appuient sur un savoir-faire pointu pour répondre à une demande croissante de produits réparés, restaurés ou reconditionnés.
Mais un des meilleurs exemples à ce jour reste Back Market : la success story française spécialisée dans la vente de produits technologiques reconditionnés. Fondée en 2014, la licorne illustre spectaculairement le potentiel économique du secteur avec ses 5,1 milliards d’euros de valorisation, ses 700 collaborateurs, dont 80 en France, et son expansion continue internationale.
Pour aller encore plus loin, en septembre 2025, Back Market a annoncé l’ouverture de ses premières boutiques physiques après une croissance jusqu’alors exclusivement digitale. 500 points de vente devraient voir le jour en France d’ici fin 2025. Pour son PDG, Thibaud Hug de Larauze, « dans dix ans, acheter des produits reconditionnés sera le mode normal de consommation ». Aujourd’hui déjà, 20 % des Français possèdent un smartphone reconditionné, et les iPhone représentent 36 % des achats réalisés sur la plateforme.
L’entreprise prévoit également de lancer une filiale dédiée à la réparation des produits. Objectif : faciliter l’accès aux pièces détachées, sécuriser la qualité et accélérer la démocratisation du reconditionné.
Conclusion : un marché en structuration, entre opportunités et défis
L’économie circulaire progresse rapidement en France, soutenue par l’engagement croissant des entreprises, la montée du réemploi et l’essor du reconditionné. Si les modèles économiques doivent encore s’équilibrer pour passer pleinement à l’échelle, les perspectives sont fortes : innovation, création de nouveaux métiers, transformation industrielle, nouvelles attentes des consommateurs.
La France se situe aujourd’hui dans une phase de structuration profonde du marché, avec des acteurs établis, des startups agiles et des politiques publiques portées par la loi AGEC qui convergent vers un même objectif : faire de la circularité un réflexe plutôt qu’une alternative.
Chiffres d’une étude du Parisien, septembre 2025.