En juillet 2025, l’EFRAG (European Financial Reporting Advisory Group) a publié son premier rapport d’analyse sur l’application des normes européennes de reporting de durabilité (ESRS). Cette étude, qui porte sur 656 entreprises européennes ayant publié leurs rapports pour l’exercice 2024 dans le cadre de la CSRD, offre un premier panorama des pratiques.
Des rapports de durabilité très inégaux
L’un des constats majeurs de l’étude est l’hétérogénéité des rapports publiés. En effet, la longueur moyenne est de 115 pages, avec une fourchette allant de 25 à 440 pages. Seules 25 % des déclarations font moins de 70 pages.
Malgré cette diversité formelle, les entreprises suivent globalement la même structure en s’appuyant sur l’architecture des ESRS (volets environnement, social et gouvernance).
La matérialité : 3 normes ESRS sortent du lot
L’analyse de matérialité des normes ESRS est un autre point clé. Seuls 10 % des entreprises considèrent toutes les normes comme matérielles. Un quart limite leur reporting à 4 normes ou moins. Mais un socle commun se dessine pour plus de 90% d’entre elles avec ces 3 normes :
- Changement climatique (E1)
- Main-d’œuvre propre (S1)
- Conduite des affaires (G1)
D’autres thématiques progressent, comme l’économie circulaire (65 %) ou la chaîne de valeur sociale (63 %).
Mais certains enjeux restent largement ignorés, comme la pollution des organismes vivants, microplastiques ou le droits des peuples autochtones (moins de 5 % des entreprises).
La consultation des parties prenantes : un exercice encore centré sur l’interne
L’EFRAG souligne un engagement des parties prenantes à géométrie variable :
- 97 % des entreprises consultent leurs salariés.
- 60 à 70 % associent clients, fournisseurs et investisseurs.
- Mais seule une minorité implique les ONG (33 %), les communautés locales (30 %), les syndicats ou le monde académique (moins de 20 %).
Cette priorité donnée aux parties prenantes « business » questionne la portée réelle de l’exercice de matérialité.
Le climat : des ambitions contrastées
Sur le volet climatique, 55 % des entreprises affirment avoir un plan de transition climatique mais les formats sont tellement contrastés qu’il est impossible de les comparer entre eux. Il faut retenir que 70 % visent un alignement sur l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement à +1,5°C, mais uniquement sur les scopes 1 et 2. En effet, seules 40 % étendent cet engagement au scope 3, alors qu’il constitue souvent la plus grosse part des émissions.
Droits humains : transparence sélective
Le sujet des droits humains montre également des écarts. Plus de 90 % des entreprises déclarent respecter les standards de salaire minimum et 81 % rapportent des incidents de discrimination. Mais seulement 5 % reconnaissent des violations graves des droits humains dans leurs opérations. Cette différence interroge sur la sincérité et l’exhaustivité des déclarations.
Ce premier monitoring de l’EFRAG met en lumière un double constat :
- D’une part, les entreprises se sont engagées dans l’exercice et la structure des ESRS commence à s’imposer.
- D’autre part, la comparabilité, la transparence et l’exhaustivité restent encore limitées.
L’enjeu des prochaines années sera de passer de la simple conformité réglementaire à une standardisation crédible et utile, véritablement au service des investisseurs, des régulateurs et de la société civile.